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Comment distinguer un burn-out d’un coup de fatigue ?

Le terme “burn-out”est largement passé dans le langage courant et s’est même popularisé, chacun pouvant s’enorgueillir d’avoir “fait son burn-out” à un moment de sa vie. Toutefois, il convient de ne pas entretenir la confusion entre ce phénomène d’embrasement émotionnel très lourd et le simple coup de fatigue que l’on peut ressentir dans un quotidien surchargé.

Se sentir épuisé après une période de travail intense est une expérience courante qui ne présente aucun caractère de gravité par sa nature réversible. De bonnes nuits de sommeil et l’investissement de la vie privée permettent de remettre le travail à sa juste place et de recharger les batteries. En revanche, le burn-out correspond à un état d’épuisement beaucoup plus profond et durable qui ne disparaît pas avec du repos et semble anéantir tous les domaines de vie.

Burn-out, burnout : un terme à la mode qui perd de son sens

Introduit dans les années 1970 par le psychologue H. Freudenberger1, le burn-out est alors décrit comme un état d’extinction interne ou d’embrasement psychique progressif. Il est ensuite repris par Maslach et Jackson en 19812 qui en propose une définition tridimensionnelle autour de l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et l’accomplissement personnel.

Peu à peu, c’est un terme qui est galvaudé et devient un peu “fourre-tout” pour désigner de façon indifférenciée du stress professionnel, un état de fatigue lié aux fonctions de parent ou encore une surcharge émotionnelle. Or, le burn-out correspond bien à un concept clinique précis même si l’OMS le considère comme un “phénomène lié au travail” plutôt que comme une affection médicale.

La CIM-113 précise : “Le burn-out, ou épuisement professionnel, est un syndrome conçu comme résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été géré efficacement et se caractérise par trois dimensions :

  • une sensation d’épuisement ou de manque d’énergie ;
  • une distanciation mentale accrue par rapport à son travail ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail ;
  • une efficacité professionnelle réduite.”

Il est également spécifié que le terme “burn-out” se réfère exclusivement au domaine professionnel et ne peut pas être appliqué au domaine privé.

Comment reconnaître un burn-out ?

Différents signes et symptômes évoquent un épuisement professionnel ou burn-out dans les sphères physiques et mentales :

  • au niveau physique, une fatigue extrême permanente est observée, des troubles du sommeil apparaissent comme des insomnies et des réveils fréquents. Des maux de tête et des tensions peuvent aussi survenir de même qu’une baisse d’énergie ;
  • au niveau émotionnel, la personne devient irritable, anxieuse et parfois triste. Elle n’a plus de motivation et ressent un vide ou une perte de sens dans son travail quotidien. La situation l’impacte fortement et la dévalorise lui donnant l’impression de ne plus être capable d’assurer ses tâches professionnelles ;
  • au niveau cognitif, des difficultés de concentration, de mémorisation (apparition de “trous de mémoire”) et de prise de décision montrent que l’intellect ne peut plus fonctionner de façon optimale ;
  • au niveau comportemental, la personne s’isole, se désengage du travail et des activités quotidiennes et ses performances chutent drastiquement.

L’aspect multifactoriel du burn-out

Le burn-out apparaît à la suite d’une combinaison de facteurs qui vont, progressivement, se cristalliser et “exploser” à la faveur d’un déclencheur anodin.

Une organisation et/ou un management dysfonctionnel

Un management toxique ou autoritaire, un manque de soutien hiérarchique, un cadre flou ou une communication insuffisante voire défaillante avec la direction sont autant de facteurs de mal-être et d’isolement.

Une culture d’entreprise orientée vers le surinvestissement qui demande toujours plus à ses employés, des conflits au travail, un manque de soutien des collègues ou une ambiance dégradée concourent également au sentiment d’incompétence.

Une organisation confuse amenant une surcharge de travail, des ambiguïtés dans les missions, des pressions, des échéances impossibles à tenir, des objectifs irréalistes créent un désarroi et une détresse psychologique. C’est aussi le cas si la personne dispose d’une faible autonomie, subit un contrôle marqué et un manque de reconnaissance.

Des conditions de travail difficiles et l’insécurité de l’emploi ajoutent encore au vécu anxiogène. Sur certains types de métier, la charge émotionnelle en lien avec les clients, ou les patients dans le cas des personnels hospitaliers, constitue un facteur de vulnérabilité supplémentaire.

Des traits de personnalité prédisposants

S’il n’existe pas réellement de fragilités favorisant le burn-out, certains traits de personnalité font le lit de l’épuisement professionnel. Ainsi, une personne surinvestie au travail, perfectionniste, idéaliste est plus à risque de souffrir d’un burn-out. Un besoin de reconnaissance liée à une faible estime de soi et la difficulté à poser des limites peuvent aussi amener la personne à “en faire trop” et ne pas s’arrêter à temps pour se protéger.

Une résonnance émotionnelle spécifique

Un vécu émotionnel très lourd des évènements, des dysfonctionnements et des interactions professionnelles impacte aussi largement le bien-être d’une personne dans le cadre professionnel. Le stress chronique n’est plus régulé, des ruminations mentales apparaissent en même temps qu’un sentiment d’inefficacité et qu’une perte de sens surviennent. La fatigue émotionnelle prolongée s’accumule et amène une incapacité à récupérer et retrouver l’équilibre.

Un environnement peu étayant

Au-delà des aspects individuels, l’environnement privé de la personne et la qualité de son étayage pèse dans la balance en cas de souffrance au travail. Si la personne est seule, si son partenaire est peu à l’écoute, indisponible, si le couple est fragile, si le réseau amical est peu compréhensif ou absent ou si des pressions sociales ou familiales existent, l’enfermement s’accentue et la communication se réduit. La personne ne trouve plus de voies de déchargements de son vécu difficile.

Une intrusion du travail sur la sphère privée

Même si la loi tend à protéger le salarié d’une hyperconnexion professionnelle, les intrusions dans la sphère privée perdurent et avec elles, le sentiment de débordement émotionnel. Il peut s’agir de plages horaires abusives, de sollicitations imprévisibles, d’emails, de SMS ou de coups de téléphones le soir et le week-end. Il est alors impossible de véritablement couper le lien et la personne se sent happée perpétuellement dans des missions sans fin.

Des exigences sociétales élevées

La culture de performance et de productivité de la société contemporaine favorise l’épuisement professionnel. Les nouvelles technologies, en perpétuelle transformation, demandent toujours de nouvelles compétences. La numérisation et le télétravail renforcent le sentiment d’isolement face à des exigences “d’être à la hauteur” toujours plus élevées. De plus, la précarisation de certains métiers concourt à affaiblir encore plus la personne.

Des phénomènes physiologiques en jeu

Un manque de sommeil chronique, une fatigue accumulée, une mauvaise hygiène de vie (pas ou peu de repos, horaires tardifs, repas “sur le pouce”, peu d’activité physique, parfois addictions à l’alcool ou aux toxiques) sont autant de facteurs favorisant une vulnérabilité physiologique.

Ajouté à cela, un stress chronique prolongé peut provoquer de véritables problèmes de santé chez un organisme poussé à bout allant de simples douleurs ou troubles digestifs à des pathologies bien plus graves comme un accident vasculaire cérébral ou un infarctus.

Burn-out ou simple coup de fatigue : comment faire la distinction ?

Comme l’accumulation de fatigue, le burn-out évolue insidieusement, à bas bruit jusqu’à atteindre un état d’épuisement intense alors qu’il reste modéré et réversible dans le cas du coup de fatigue. Celui-ci disparaît après un week-end de repos tandis que dans le cas du burn-out, rien ne semble pouvoir “recharger les batteries”.

Un coup de fatigue n’impacte pas la motivation pour les activités du quotidien alors que le burn-out semble grignoter le peu d’envie que la personne pouvait encore avoir. L’irritabilité, la tristesse et le détachement s’associent à l’épuisement physique dans le burn-out tandis que l’humeur est peu affectée par un coup de fatigue.

Si celui-ci peut amener une somnolence et une baisse d’énergie, le burn-out entraîne aussi des troubles du sommeil, des douleurs et des tensions qui envahissent de plus en plus lourdement la vie de la personne et impacte les différents domaines. Le retentissement sur la qualité de vie est alors majeur alors qu’il est bien plus modéré et transitoire dans le cas du coup de fatigue.

Burn-out ou dépression : comment s’y retrouver ?

Si le burn-out est clairement provoqué par le domaine professionnel, la dépression peut résulter de différents facteurs parmi lesquels des problèmes financiers, un échec professionnel, une séparation, un deuil, des problèmes de santé, etc. Le domaine professionnel peut constituer un des facteurs de la dépression mais il n’est pas central.

De même, les symptômes de la dépression ne s’articulent pas uniquement sur la sphère professionnelle. Ils se caractérisent par une perte généralisée d’intérêt pour l’environnement et les activités du quotidien. La culpabilité, le sentiment d’inutilité et le désespoir sont très présents avec de possibles pensées suicidaires.

Dans le cas du burn-out, généralement, la souffrance psychique diminue lors des périodes d’éloignement du domaine professionnel. En revanche, la dépression ne s’améliore habituellement pas : un accompagnement médical est nécessaire.

Le burn-out et le déni

Le déni, très fréquent, chez les personnes en burn-out, est un mécanisme de défense psychologique qui vise à protéger de ce qui est irreprésentable : la vulnérabilité et la nécessité d’être aidé. Le déni vise donc à éviter le choc émotionnel qui découle de la conscientisation du mal-être et à fuir. Il vise aussi à éloigner la peur (de paraître faible, de l’échec), la culpabilité (de ne pas “être à la hauteur”) mais aussi l’altération de l’image de soi trop lourde à supporter.

Malheureusement, c’est un mécanisme qui s’avère contre-productif et dangereux puisqu’il fait perdurer le mal-être au travail et aggrave les symptômes déjà très handicapants. Il minimise les signaux physiques et psychiques d’alerte afin de pouvoir continuer à travailler. Les remarques de l’entourage sont ignorées et peuvent même entraîner des situations conflictuelles, la personne ne pouvant, par le déni, se confronter à la réalité.

Le résultat est que le corps finit par “lâcher” avec des symptômes qui ne peuvent plus être régulés, un effondrement brutal et une récupération plus longue.

Le Maslach Burnout Inventory : un auto-questionnaire pour évaluer les signes avant-

coureurs du Burn-out

Certains outils peuvent aider à la prise de conscience du burn-out en évaluant sa propre résonnance émotionnelle actuelle vis-à-vis du travail. Ils ne constituent aucunement un diagnostic mais peuvent contribuer à une ouverture, un questionnement qui va aider à lever le déni.

L’échelle en 22 questions

Le MBI (Maslach Burnout Inventory) constitue l’échelle de référence pour évaluer les premiers signes du burn-out par auto-observation. Elle se décline en 22 questions visant à explorer trois dimensions : l’épuisement professionnel, la dépersonnalisation et l’accomplissement personnel.

Dans les affirmations suivantes, entourez le chiffre correspondant à votre réponse

Jamais

Quelques fois/an

Une fois/mois

Quelques fois/mois

Une fois/semaine

Quelques fois/semaine

Chaque jour

1. Je me sens émotionnellement vidé(e) par mon travail. 0 1 2 3 4 5 6
2. Je me sens “à bout” à la fin de ma journée de travail.
3. Je me sens fatigué(e) lorsque je me lève le matin et que j’ai à affronter une autre journée de travail.
4. Je peux comprendre facilement ce que mes clients (patients, collègues de travail) ressentent.
5. Je sens que je m’occupe de certains clients de façon impersonnelle comme s’ils étaient des objets.
6. Travailler avec des gens tout au long de la journée me demande beaucoup d’efforts.
7. Je m’occupe très efficacement des problèmes de mes clients.
8. Je sens que je craque à cause de mon travail.
9. J’ai l’impression, à travers mon travail, d’avoir une influence positive sur les gens.
10. Je suis devenu(e) plus insensible aux gens depuis que j’ai ce travail.
11. Je crains que ce travail ne m’endurcisse émotionnellement.
12. Je me sens plein(e) d’énergie.
13. Je me sens frustré(e) par mon travail.
14. Je sens que je travaille trop dur dans mon travail.
15. Je ne me soucie pas vraiment de ce qui arrive à certains de mes clients.
16. Travailler en contact direct avec les gens me stresse trop.
17. J’arrive facilement à créer une atmosphère détendue avec mes clients.
18. Je me sens ragaillardi(e) lorsque dans mon travail j’ai été proche de mes clients.
19. J’ai accompli beaucoup de choses qui en valent la peine dans ce travail.
20. Je me sens au bout du rouleau.
21. Dans mon travail, je traite les problèmes émotionnels très calmement.
22. J’ai l’impression que mes clients me rendent responsable de certains de leurs problèmes.

Calcul des indices du MBI et analyse

Pour obtenir votre score dans les 3 domaines de l’échelle, réalisez les calculs suivants :

  • Épuisement professionnel : additionnez les scores obtenus aux questions 1 – 2 – 3 – 6 – 8 – 13 – 14 – 16 – 20.
  • Dépersonnalisation : additionnez les scores obtenus aux questions 5 – 10 – 11 – 15 – 22.
  • Accomplissement personnel : additionnez les scores obtenus aux questions 4 – 7 – 9 – 12 – 17 – 18 – 19 – 21.

Pour évaluer votre degré de burn-out :

  • Épuisement professionnel : un total inférieur à 17 montre un degré de burn-out faible, un total compris entre 18 et 29 montre un degré de burn-out modéré, un total supérieur à 30 montre un degré de burn-out élevé.
  • Dépersonnalisation : un total inférieur à 5 montre un degré de burn-out faible, un total compris entre 6 et 11 montre un degré de burn-out modéré, un total supérieur à 12 montre un degré de burn-out élevé.
  • Accomplissement personnel : un total supérieur à 40 montre un degré de burn-out faible, un total compris entre 34 et 39 montre un degré de burn-out modéré, un total inférieur à 33 montre un degré de burn-out élevé.

Pour comprendre vos résultats :

  • L’épuisement professionnel correspond au sentiment d’être vidé de ses ressources émotionnelles et de ne plus avoir d’énergie pour affronter le travail. Il se caractérise par une fatigue intense, un stress chronique et l’impression de “ne plus pouvoir donner”, d’être arrivé au bout de ses limites ;
  • La dépersonnalisation désigne une attitude distante, cynique ou détachée envers les autres, les clients, les patients. Cette froideur émotionnelle s’accompagne d’une perte d’empathie et d’une irritabilité ;
  • l’accomplissement personnel ou sentiment d’efficacité est une dimension centrale dans l’épanouissement au travail. Elle touche au sentiment d’être compétent, efficace, utile au travail et à la réussite. Se sentir accompli au travail permet de maintenir la motivation et l’engagement intact et de donner du sens à son travail.

Cette grille constitue une approche pertinente et objective pour “savoir où on en est” dans son ressenti du milieu professionnel : elle n’a rien d’un diagnostic mais représente une base d’échange avec le médecin traitant.

Consulter pour s’en sortir

Plus l’on consulte tôt, plus les capacités de récupération d’un burn-out sont élevées. David Gourion, psychiatre4, évoque la nécessité d’une détection précoce et d’une prise en charge appropriée, à la fois dans le cadre professionnel par l’intermédiaire du médecin du travail et dans le cadre privé par une prise en charge pluridisciplinaire (médecin traitant, psychologue).

Un arrêt de travail est essentiel pour favoriser le repos et l’éloignement de ce qui produit la souffrance. Un traitement à base de médicaments antidépresseurs peut être mis en place si le praticien le juge nécessaire. Le médecin généraliste va également accompagner tous les symptômes somatiques qui découlent de l’épuisement professionnel.

Une orientation vers un médecin psychiatre peut être décidée par le médecin traitant si des idées suicidaires apparaissent, si les symptômes ont un retentissement majeur sur le quotidien de la personne ou s’ils ne s’améliorent pas malgré le protocole thérapeutique mis en place.

En conclusion, si le burn-out est, aujourd’hui, un phénomène connu du grand public, il souffre d’une popularisation qui le banalise et l’associe au moindre coup de fatigue. Or, le burn-out est un tableau clinique complexe qui résulte de la cristallisation de facteurs de vulnérabilité et nécessite une prise en charge pluridisciplinaire, la plus précoce possible.

1Staff burn-out, H. J. Freudenberger, Journal of Social Issues, 30(1), 159-165, 1974.

2The measurement of experienced burnout, C. Maslach & S. E. Jackson, Journal of Occupational Behaviour, 2(2), 99-113.

3CIM-11 (Classification Internationale des Maladies), OMS, 2019.

4Burn-out : le point de vue du psychiatre, D. Gourion, Vidal Actualités, 21 janvier 2025.