Désignée comme “grande cause nationale” par le gouvernement en 2025, prolongée en 2026, la santé mentale des Français n’a jamais fait l’objet d’autant de préoccupations. Le mal-être inonde autant le domaine professionnel que privé, économique que relationnel. Tous les âges semblent aujourd’hui impactés : mais qu’en est-il vraiment de la souffrance des jeunes, de ceux qui tentent de se construire un avenir et d’assurer le nôtre ?
Il n’est pas toujours facile de dissocier la réalité concernant la recrudescence des troubles psychiques chez les jeunes de l’effet loupe qui nous donne immanquablement l’impression que rien ne va, que la génération Z est une génération en perdition voire en sacrifice. Toutefois, de nombreuses études confirment cette dégradation de la santé mentale chez les jeunes en lien, notamment, avec une perte de repères et une peur de l’avenir.
Une hausse indéniable des troubles anxieux chez les jeunes
Tandis qu’au 1er septembre 2025, l’OMS affirme “un jeune âgé de 10 à 19 ans sur 7 souffre d’un trouble mental à l’échelle mondiale”, elle précise que “la dépression, l’anxiété et les troubles du comportement sont parmi les principales causes de morbidité et de handicap chez les adolescentes et les adolescents”1.
En toile de fond, le suicide apparaît comme la troisième cause de mortalité chez les 15-29 ans, après les accidents de la route et la violence interpersonnelle. Un nouveau rapport, de l’OMS Europe, de novembre 2025, annonce une augmentation des troubles mentaux chez les 0-19 ans de 33 % en 15 ans2.
Même son de cloche du côté de Santé Publique France qui précise que “les étudiants constituent une population à fort risque de présenter des symptômes dépressifs (36,6 % d’entre eux déclarent des symptômes dépressifs contre 20 % des non-étudiants)3.
D’autres chiffres viennent corroborer ce bilan inquiétant, l’UNICEF constatant une dégradation nette de la santé mentale des jeunes4, tout comme le Haut Conseil de l’Enfance et de la Famille5, le Baromètre adolescents IPSOS6 ou la Fondation FondaMental7 qui évoque une “crise générationnelle” de santé mentale chez les jeunes.
Mal-être des jeunes : des causes bien identifiées
Le Professeur Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’Université de Paris met en avant trois causes principales à ces troubles observés chez les adolescents8.
Il évoque d’abord une forme de sinistrose contemporaine qui fait que les jeunes “baignent dans un pessimisme obligatoire”. Il parle d’une “morosité imposée par le monde des adultes” en pointant également la responsabilité des réseaux sociaux dans cette dramatisation du négatif.
Le second facteur expliquant le mal-être des jeunes concerne, selon le Pr Lejoyeux, les comportements addictifs favorisés par l’abondance et la diversité des produits qui s’avèrent, par ailleurs, de plus en plus toxiques et dépressogènes pour le cerveau.
Enfin, le troisième facteur concerne le mode de vie majoritairement sédentaire des jeunes qui favorise l’isolement et “va mettre en résonnance tout ce qui détermine, chez l’enfant comme chez l’adulte, la mauvaise humeur”.
Plus généralement, de nombreux facteurs interviennent dans ce vécu difficile comme autant de vecteurs amplificateurs de souffrance :
- la pandémie de COVID-19 : l’OMS observe une hausse de 25 % des troubles anxieux et dépressifs depuis la pandémie9. En cause, un quotidien totalement bouleversé pour des jeunes isolés chez eux durant leur scolarité. La diminution des interactions réelles avec les pairs, un cadre pédagogique distendu, une incertitude quant à l’atteinte des objectifs scolaires ont favorisé l’apparition et l’aggravation de troubles anxio-dépressifs ;
- la crise globale (climatique, géopolitique) : relayés en continu par les médias et ponctués par des images choc et des déclarations de fin du monde, les tensions géopolitiques mêlées aux alertes climatiques créent un sentiment d’urgence, un climat d’insécurité et une angoisse de l’avenir que les adolescents absorbent dans toute leur vulnérabilité ;
- les réseaux sociaux et le numérique : source de comportements addictifs, de pression sociale et d’altération de la confiance en soi, les réseaux sociaux exacerbent la violence ambiante, clivent et font le lit des discours haineux et du cyberharcèlement ;
- la pression scolaire et professionnelle : si on pourrait la penser intemporelle, touchant autant les anciennes générations que les nouvelles, la pression s’exerce différemment dans une société contemporaine qui érige en obligations le dépassement de soi et la performance.
L’isolement social et la fragilisation des liens réduisent également les interactions humaines pourtant essentielles à l’équilibre émotionnel chez des jeunes en pleine traversée de la période adolescente, ô combien périlleuse.
Une “explosion” à ne pas majorer
Si 33 % d’augmentation des troubles mentaux chez les jeunes en 15 ans reste un chiffre important, il convient, toutefois, de ne pas dramatiser le bilan. Il faut rappeler qu’une grande partie des données disponibles ont été récoltées par le biais de questionnaires et enquêtes déclaratives dont on ne peut ignorer la nature subjective.
Ce type de mesure reste donc légèrement biaisé car il fait appel à un ressenti largement encouragé par une plus grande sensibilisation à la santé mentale chez les jeunes. Si cette reconnaissance et cette popularisation du “mal-être”offrent l’avantage de dédramatiser la démarche vers le “psy”, ils peuvent aussi alimenter la confusion entre des émotions humaines négatives normales et pathologiques : être anxieux ne signe pas forcément un trouble. C’est l’intensité et/ou la chronicité de l’anxiété qui doivent être accompagnées.
En conclusion, les troubles anxio-dépressifs et les troubles du comportement sont en augmentation chez les adolescents et adolescentes depuis une quinzaine d’années. En cause, de multiples facteurs parmi lesquels la pandémie de COVID-19, la crise climatique et géopolitique ainsi que l’impact des réseaux sociaux. Ces troubles nécessitent de questionner perpétuellement l’adéquation du dispositif de soin pour une prise en charge la plus précoce possible.
Sources :
1Santé mentale des adolescentes et des adolescents, OMS, 1er septembre 2025.
2“Child and youth mental health in the WHO European Region: status and actions to strengthen quality of care, OMS Europe, novembre 2025.
3La santé mentale des jeunes et les dispositifs d’aide, Mon parcours handicap, site du gouvernement, 8 octobre 2025.
4Analyses et chiffres clés de l’Observatoire Santé mentale, 2024-2025, Observatoire des Droits de l’Enfant, UNICEF.
5Santé mentale des enfants et des adolescents : une dégradation préoccupante, Vie Publique, 28 novembre 2024.
6Baromètre du moral des adolescents : une jeune sur quatre fait l’objet d’une suspicion d’un trouble anxieux généralisé, IPSOS, 14 mars 2025.
7Santé mentale des jeunes : prévenir, repérer et accompagner, Fondation FondaMental, 5 août 2025.
8Interview du Pr Lejoyeux, Europe 1, “Christine Kelly et vous”, émission du 6 avril 2026, article d’Amélia Porret.
9“COVID-19 pandemic triggers 25 % increase in prevalence of anxiety and depression worlwilde”, OMS, 2 mars 2022.